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DESSINS NOIRS

« Dur à la tâche, le bagage léger et le cœur joyeux, le dessinateur se réjouit de la simplicité merveilleuse de son art qui lui permet de se contenter d’une plume, d’encre de Chine et de papier. Il invente ses créatures, imagine et justifie des choses impossibles. Discipliné, il éduque pendant des années son œil, sa main et son caractère jusqu’à concevoir progressivement cette grâce et cette innocence céleste qui peuvent tout faire comprendre avec quasiment rien. Il ne cesse alors de se perfectionner dans la maîtrise de son art, jusqu’à n’être plus qu’un jouet vivant articulé à son esprit. Il pourra de la façon la plus implacablement pénétrante donner comme il veut à chacune de ses idées une vie fragile. Cette souveraine chance est le but auquel il aspire. Mais dominer librement le flot de ses rêves les plus inquiétants et les soumettre, dociles, à sa puissance, est le véritable sens de cet art qui donne à entendre la mélodie intime de la vie de son maître jusqu’au moment où l’outil échappe à sa main. »
Alfred Kubin, 1922